Je venais de débarquer dans ma énième ville adoption Seattle. Rien de transcendant à première vue.
Une ville comme tant d'autres aux Etats-Unis avec son stade, son drive-in, et ses deux armes à feu par habitants.
Et bien entendu la traditionnelle coupure entre les quartiers où on se fait flinguer par les gangs dès qu'on s'approche, et les autres plus rares par les vigiles.
Pourtant je visitais les lieux.
J'aurais dû rester dans ma chambre d'hôtel, et me lire un marquis De Sade. Ce mec avait tout compris de la nature humaine.
Pas comme cet abruti de Rousseau. "L'homme est naturellement bon." Où il était allé pêcher une connerie pareil.
Seulement j'avais passé ces dernières heures dans le train, et ressentais le besoin de bouger. Donc je faussais compagnie à Sade.
Visiblement le hasard m'avait conduit dans un quartier pourri. Et dire que j'étais en costard.
"Si je ne me fais pas braquer, c'est que Dieu existe." Pensais-je.
Evidemment à ce moment là une bande de merdeux apparue comme pour bousiller ma foi en supposant qu'il m'en reste.
Ils parlaient un mélange de chinois et d'expressions arogtiques, mais leurs intentions étaient clairs.
Je m'approchais un peu, puis au moment opportun balancais un coup de pied latéral au plus près. Ensuite j'enchainais par un coup de poing, et un manchette.
En une seconde les trois étaient à terre.
Non c'est pas vrai.
Je me suis contenté de relever ma veste pour faire appaitre mon flingue.
Ca a suffit à faire fuir ces connards non sans qu'ils balancent quelques insultes au passage.
Putain de racailles. Non seulement ils rackettaient, dealaient, et braquaient, mais en plus ils avaient un look rappeur immonde.
Comme disait Oscard WILDE "Aucun crime n'est jamais vulgaire, bien que toute vulgarité soit en crime".
Il aurait fallu faire quelque chose comme interdire le port des survêts à l'extérieur des stades, et celui des bonnets hors des stations de ski.
Je regardais ma montre il était cinq du mat.
Il me restait encore trois heures à tuer avant mon entretien au commissariat.
En y repensant, c'est dingue que j'ai remarqué ce détail. Je n'étais même pas en service, même pas officiellement un flic du secteur.
Enfin bref j'ai remarqué la pancarte "fermée" sur la porte d'une épicerie.
Par contre la grille n'était pas baissée. Le genre de chose que les boutiquiers du coin n'oubliaient pas.
Je m'approchais discrêtement. Il y avait encore de la lumière.
Je m'apprêtais à sortir mon portable et à composer police secours. Puis je me ravisais.
C'était peut-être prématuré de rameuter la cavalerie sur ce simple détail.
Peut-être que l'employé de nuit s'envoyait sa copine, et ne voulait pas être dérangé.
Mais généralement mes intuitions étaient bonnes sur les sales trucs en tous cas, et surtout je m'ennuyais.
J'ouvris doucement la porte tout en gardant une main sur mon arme.
Rien que du silence en guise d'acceuil.
Je jettais un coup d'oeil circulaire, et vis une traînée de sang au bout de l'allée.
Je dégainais et suivis la piste.
Déplacement latéral, l'arme bien devant, je jouais au parfait petit soldat.
Une peine bien inutile.
Tout ce qui m'attendait était un pauvre asiatique en tablier, qui devait être le tenancier
Il était étalé par terre avec la tête explosée.
Avec quoi son agresseur avait tiré ? Au fusil voir au bazoka.
A coté du cadavre se trouvait la caisse enregistreuse fracassée à laquelle il devait sa mort.
Je regardais le macchabé dans les yeux ou plutôt l'oeil (l'autre devait se balader je ne sais où), puis lui dis :
"Désolé vieux, je serais arrivée plutôt, ça serait peut-être passé différemment."
Je me vantais, si ça se trouve.
J'aurais pu n'être qu'un cadavre de plus. Allez savoir.
Je rangeais mon flingue au profit de mon portable, puis appelais pour de bon les urgences de la police :
"Bonsoir je voudrais signaler un meurtre dans une épicerie sur..." Je regardais le nom de la rue au travers de la fenêtre "...North Street."
J'allais faire connaissance avec mes collègues plutôt que prévu.
Il ne me restait plus qu'à attendre.
Je fouillais dans le présentoir à livres et y trouvais un Philip K DICK.
Je n'étais pas très SF sauf dans son cas.
DICK n'était pas manichéen comme tous ces successeurs style space opera.
J'entamais ma lecture jusqu'à ce que les sirène retentissent.
On verrait bien à combien de pages, je serais d'ici là.
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LES SOCIETES N'ONT QUE LES CRIMINELS QU'ELLES MERITENT